Le 3 avril 2011

Larry Page sacré PDG, quel avenir pour Google ?


Larry Page sacré PDG, quel avenir pour Google ?

Voici le point de vue intéressant de Doug Edwards, l’un des tous premiers « googlers », concernant le retour du roi…

Lundi, Eric Schmidt cèdera son trône à Larry Page. Celui qui a été PDG de Google pendant dix ans deviendra conseiller pour l’entreprise. Le co-fondateur de la firme retrouve dès lors la place qu’il avait autrefois.

C’est une nouvelle ère qui s’annonce. Larry Page est connu pour ses idées avant-gardistes, celles qui ont fait la gloire de Google. Mais les investisseurs et bien d’autres craignent que la génération de revenus ne soit plus la priorité de l’entreprise.

Doug Edwards a été le 59ème employé de Google, où il a travaillé de 1999 à 2005 en tant que directeur marketing et responsable de l’image de la marque. Il a écrit un livre dévoilant les coulisses de cette époque. Ce Xoogler a publié sur son blog un article où il donne son point de vue quant au retour de Page aux commandes et répond aux questions légitimes. Article traduit et publié ci-dessous avec son aimable autorisation.

Lundi, Larry Page deviendra le nouveau directeur général de Google. Encore une fois. Larry a été directeur général pendant les deux premières années où j’ai travaillé chez Google, avant que les investisseurs gagnèrent leur bataille pour avoir un gestionnaire plus expérimenté à la tête de l’entreprise et c’est ainsi qu’est arrivé Eric Schmidt. Il y a quelques points de vue intéressants qui flottent autour du retour de Larry et de l’impact de son leadership sur la vie au Googleplex. Je vais partager quelques unes de mes réflexions sur ce lundi sur Bloomberg TV, mais voici un aperçu.

L’un des derniers actes de Larry Page en tant que PDG avant qu’Eric prenne les rênes en 2001 a été une réorganisation du groupe d’ingénierie de Google. Ça a été douloureux pour toutes les parties concernées. Je donne les détails dans mon bouquin, mais essentiellement, la plupart des chefs de projets qui supervisaient le groupe d’ingénierie — pour donner les évaluations de rendement, le maintien de délais, pour protéger les ingénieurs des demandes aléatoires (y compris celles de Larry) — ne sont pas eux-mêmes des spécialistes techniques. Larry ne pouvait pas supporter cela, surtout parce qu’ils interféraient avec sa capacité à faire passer ses propres projets de grande envergure, y compris la numérisation tous les livres du monde. Il a donc tenu une réunion plénière de l’ingénierie et a annoncé aux chefs de projets, en face de leurs collègues, qu’ils n’étaient plus nécessaires. Les gens étaient en colère, et pas seulement les chefs de projets. Plusieurs ingénieurs étaient en colère contre ce changement et la façon dont il avait été géré. Larry a été surpris par ce retour de bâton qu’on lui donnait. Cette réorganisation a été un point d’inflexion dans l’entreprise. Par la suite, tous les ingénieurs (un nombre qui a augmenté de plusieurs centaines) étaient sous les ordres directs de Wayne Rosing, le nouveau chef du département.

Larry est un mec très intelligent. Sans aucun doute, il a retenu de cette expérience que la manière la plus rapide n’est pas toujours celle qui génère le moins de friction. Après des années à observer la gestion d’Eric, je pense qu’il s’est un peu adouci. Un peu, mais pas entièrement. Par exemple, le Wall Street Journal a publié un article sur la récente demande de Larry aux chefs de produit pour qu’ils lui envoient un e-mail de 60 mots maximum expliquant quels sont les projets sur lesquels ils travaillent. Un grand nombre de dirigeants dans son cas profiteraient de cette occasion pour organiser des rendez-vous avec les membres du personnel, bavardant avec eux pour créer un lien social, et se renseigner au passage sur leur travail en cours. Larry a une approche des choses avec une efficacité bien plus rigoureuse.

Si Larry devait se réunir avec 100 managers, pendant 15 minutes chacun, cela nécessiterait 25 heures de sa vie. S’il peut lire 100 e-mails en une heure, il économise une journée complète. Larry porte plus d’importance à son temps qu’à la nécessité de donner à ses managers une sensation de confort grâce aux réunions en tête-à-tête avec lui. À moins que les choses aient changé depuis que l’époque où je travaillais là-bas, les managers (du moins ceux ayant des antécédents d’ingénierie) comprennent parfaitement cela et feraient la même chose. Un autre avantage est que cela impose aux gestionnaires de résumer leurs projets les plus essentiels en quelques phrases, plutôt que de discuter de sujets sans importance. Cette approche ne fonctionnerait pas pour la plupart des organisations, mais c’est ce qui est attendu chez Google.

Certains experts se demandent si l’ascension de Larry signifie qu’il laissera ses idées les plus folles courir librement, causant pour Google la perte de l’objectif qui été mis jusque là sur la génération de revenus. J’ai quelques réponses à cette question. Tout d’abord, Larry bénéficie d’un cercle de personnes qui savent modérer ses visions les plus extrêmes et permettent de faire garder à Google les pieds sur terre. Au premier rang de ce groupe quand j’étais à l’entreprise on trouve Urs Hölzle, premier vice-président de Google pour l’ingénierie. Urs comprend à la fois la vision de Larry et les contraintes de la réalité, il a une incroyable capacité à faire bouger les choses qui semblent impossibles. Mais quand quelque-chose est vraiment impossible, il le dit et Larry l’écoute.

Salar Kamangar, qui est maintenant à la tête de YouTube, a été une autre personne qui a rempli le rôle de l’avocat sage quand j’étais chez Google. Larry respecte Salar, qui a prouvé à maintes reprises son savoir-faire sur les opérations commerciales et le marché pour les produits de Google. Salar n’est pas un doux rêveur, mais un stratège qui voit très bien les opportunités qui s’annoncent. Donc, même si Eric Schmidt pourrait jouer un rôle moindre modération qu’auparavant, il reste une bande de conseillers de confiance prêts à dire à Larry que sa vision est correcte, mais le moment est mal choisi.

La deuxième réponse aux inquiétudes concernant les idées « excitantes » de Larry, c’est qu’à choisir entre un leader visionnaire et un manager uniquement axé sur l’amélioration des résultats du prochain trimestre, la plupart des ingénieurs talentueux de la Silicon Valley n’hésiteraient pas à choisir la premier. J’ai eu la chance de discuter en tête-à-tête avec Larry en 2002 sur ses attentes relatives à Google. Il m’avait exposé ses vues de grande envergure qui n’avaient rien à voir avec des objectifs de revenus à court terme, en soulevant notamment des questions sur la façon dont Google anticiperait le fait que les capteurs de luminosité et la mémoire vive seraient un jour devenus si bon marché que les individus enregistreraient chaque instant de leur vie. Il se demandait comment Google pouvait devenir comme une version améliorée de la RIAA (équivalent américain de la SACEM, ndt) – pas seulement un médiateur pour l’octroi de licences de musique numérique – mais un lieu de vente pour la distribution équitable de toutes les formes de contenus numérisés. J’ai quitté la réunion avec le sentiment que Larry pensait beaucoup plus profondément à l’avenir que moi, et j’étais convaincu qu’il allait jouer un grand rôle dans son élaboration. Je préfèrerais monter à bord de ce TGV plutôt que d’emprunter un train de banlieue qui n’a jamais manqué un arrêt rentable mais qui n’est jamais arrivé quelque-part quand ça en valait encore le coup.

Larry a eu beaucoup d’idées folles, comme le lancement d’un moteur de recherches dans un domaine où il y en avait déjà énormément, l’offre aux annonceurs d’un produit en libre-service de diffusion d’annonces publicitaires sans modération préalable, et la numérisation de tous les livres du monde. Toutes ces idées semblaient scandaleuses à l’époque, mais Larry ne s’en souciait pas. Il savait que c’était la bonne chose à faire et il les fit arriver. Pour conclure, quelle est ma prédiction pour Google sous le règne de Larry Page ? Une plus grande efficacité, des lancements de produits plus rapides, plus grands, plus audacieux et des initiatives beaucoup plus casse-tête pour ceux qui n’ont pas une vision aussi lointaine que le PDG de Google sur le chemin qui les attend — un chemin qui pourrait mener à Google vers une influence mondiale sans précédent, ou à un déraillement catastrophique.

Quoi qu’il en soit, ça va être un voyage d’enfer !

Vous l’aurez compris, beaucoup de changements en interne sont à prévoir. Le public ne verra sans doute pas de grosses différences avec le Google d’Eric Schmidt, notamment grâce (ou à cause ?) aux conseillers qui entourent Larry Page. L’important étant que la firme continue d’innover et d’apporter au monde des solutions, des produits réellement utiles et qui aident les gens.

source cet article est la traduction de Once and Future King publié par Doug Edwards vendredi 1er avril 2011. Avec son aimable autorisation.

Publié le 3 avril 2011 à 13:21 par dans Actualité

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7 commentaires

  1. Kerwan a dit :

    La fin de votre article et celui de Doug Edwards sont assez contradictoires.

    Lui, il dit qu’on va surement voir de plus grand projets venir plus vite :
    « Une plus grande efficacité, des lancements de produits plus rapides, plus grands, plus audacieux et des initiatives beaucoup plus casse-tête pour ceux qui n’ont pas une vision aussi lointaine que le PDG de Google sur le chemin qui les attend — un chemin qui pourrait mener à Google vers une influence mondiale sans précédent, ou à un déraillement catastrophique. »

    Alors que vous, vous finissez par :
    « Le public ne verra sans doute pas de grosses différences avec le Google d’Eric Schmidt. »

    Moi je pense que cet ancien Xoogler est dans le vrai. Larry Page va changer en profondeur Google pour le meilleur, ou bien pour le pire. Dans tous les cas, cela va sûrement devenir très intéressant.

  2. TOMHTML a dit :

    Justement, je pense que les gros changements se feront en interne. Pour le public, Google continuera à lancer des produits innovants à une vitesse folle. C’était déjà comme ça avant et ça ne changera pas, à mon humble avis.
    Certains produits auront peut-être plus d’impact — un peu comme Gmail ou Street View l’ont été en leur temps — et que ça changera le monde, mais l’utilisateur lambda ne pourra sans doute pas deviner que ces nouveaux produits sont dus à une nouvelle direction.

  3. Kartmaan a dit :

    Il y a un autre point dont on ne parle peut être pas assez c’est que l’arrivée de Larry Page en tant que PDG permettra aussi de rafraîchir l’image de Google qui en a grand besoin, de la rajeunir en se rapprochant d’avantage de la « start-up attitude » qui a si bien dessiné ses débuts.
    Y mettre à sa tête son jeune co-fondateur génie fou et ambitieux permettra, en plus de pousser d’avantage à l’innovation une boîte déjà innovante comme jamais, à faire impasse sur l’image de la grosse industrie créateur de services minutieusement dirigés par des bureaucrates.

    Après bientôt 13 ans d’expansion toujours plus fulgurante, un retour aux sources s’impose. A seulement 38 ans, Larry Page apportera un nouveau souffle à Google, j’en ai aucun doute, n’oublions pas que c’est tout de même son bébé.

  4. Bonjour,

    Un article plus qu’intéressant en effet. De notre côte on ne se demande plus si Larry Page va bousculer la vie de ses employés mais comment il va bousculer celle de ses utilisateurs..

    Wait and see !

  5. […] pouvez lire un excellent billet de Zorgloob, qui traduit un artile de Doug Edwards, un ancien […]

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  6. Jérémy NGL a dit :

    Bonne nouvelle pour l’esprit d’innovation de Google! Si seulement cela était arrivé un peu avant… Larry aurait peut-être donné sa chance à Google Wave!

  7. […] vous conseille de jeter un oeil à l’article publié dans Zorgloob sur le sujet, bien que la traduction est un peu approximative, l’article est […]

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