Le 1 juillet 2010

Google, Adobe et Apple : 3 approches pour l’avenir du web


Google, Adobe et Apple : 3 approches pour l’avenir du web

Quelles sont les positions des 3 grandes sociétés concernant l’avenir du Web ? Un article long, sans images et avec des opinions personnelles.

Aujourd’hui, sur le blog officiel de l’API Youtube, un billet a présenté la position de Google vis à vis des technologies HTML5 et Flash et le futur du web. Apple a réaffirmé lors du WWDC 2010 le 7 juin dernier sa position sur le sujet. Adobe, par le biais de publicités répondant à la politique d’Apple et à la lettre ouverte de Steeve Jobs, s’est également exprimé sur le sujet. Bilan des derniers mois et perspectives quant à l’avenir du web que nous connaissons aujourd’hui.

Adobe – Ne limitons pas les développeurs.

Chez Adobe nous pensons que les courants créatifs, d’idées et informatifs ne devraient être limités que par l’imagination. L’innovation prospère quand les gens sont libres de choisir les technologies de s’exprimer librement et d’accéder à l’information quand et ou ils le souhaitent.

We love choice

La position d’Adobe est peut être la plus simple à saisir. Adobe affirme soutenir les développeurs et les utilisateurs quelle que soit leur plate-forme de développement. Flash évidement (en essayant d’ouvrir partiellement les spécifications et protocoles utilisés), mais également HTML5 via Dreamweaver, son éditeur de site web. Adobe supporte le codec propriétaire H264 et travaille à l’intégration de VP8 aka WebM (codec libéré par Google) dans Flash.

Apple – HTML5 et App Store (et c’est tout).

Je veux que les choses soient bien claires. Chez Apple nous supportons deux plates-formes : La première est HTML5, ouverte et libre, définie par des organismes de standardisation respectés. La seconde plate-forme que nous supportons est l’App Store.

Steve Jobs lors de la keynote Apple du WWDC 2010

Chez Apple, les raisons sont plus techniques. Apple excelle dans un domaine : l’interaction hardware/software. C’était le cas avec les macs, c’est le cas avec les iPhones / iPods / iPads. À matériel comparable (en termes de Ghz, Méga-Pixels, Mio, WH…), la différence se fait avec l’intégration avec l’OS. La batterie d’un Mac sous Mac OS tiendra plus longtemps que le même Mac sous Windows, ou qu’un PC ayant les même caractéristiques sous Ubuntu. Apple contrôle tout, et donc peut faire des choix qu’il juge bon en lieu et place de l’utilisateur, éternel néophyte, source de la plupart des bugs et plantages d’un système. Pourquoi choisir H264 plutôt que OGG ou WebM ? Des puces décodent le format parfaitement au niveau hardware et avec d’excellente performances énergétiques. Ce n’est pas (encore) le cas pour les équivalent open source. Flash est selon Apple, la source principale des plantages de Mac OS X. Alors qu’Apple lançait il y à 3 ans une toute nouvelle plate-forme, vierge de plantages (car sans applications natives) et super optimisées, l’iPhone, Flash n’y avait aucunement sa place. D’ailleurs, il ne l’a toujours pas. Et il est peu probable que la situation change à court terme.

Google – C’est compliqué, mais on vous aime tous !

Alors que le support de la balise vidéo d’HTML5 nous a permis de transposer la plupart des fonctionnalités de Youtube sur les ordinateurs et autres appareils ne disposant pas de support natif de Flash, elle ne satisfait pas tous nos besoins. Aujourd’hui Flash est la meilleure plate-forme concernant les besoins de Youtube.

Flash and the HTML5 <video> tag

Chez Google, anciennement uniquement fournisseur de contenu mais maintenant très impliqué dans le développement web et mobile, les choses sont plus compliquées. Flash fonctionne très bien pour fournir des expériences riches et compatibles avec la méthodologie de Google (monétiser le contenu avec des publicité ciblées). En effet sur Youtube, des publicités Flash se superposent aux vidéos Flash. Des publicités statiques / dynamique / vidéo sous AdSense exploitent également cette technologie. Comme 98 % des PC mondiaux ont un lecteur Flash (moins si l’on retire les navigateurs et extensions bloquant l’exécution de Flash), c’est quasiment gagné à tous les coups pour Google (qui peut toujours substituer ses publicités par un format texte en cas de soucis).

Cependant deux problèmes sont apparus récemment.

  1. De nombreux appareils mobiles sont apparus, et Flash n’y est que peu (voir par du tout) implanté. Il faut donc changer d’approche pour ce segment précis. Soit encourager Flash, soit proposer des alternatives.
  2. Google aime l’Open Source, il en consomme (utilisation dans ses services) et en produit (via le summer of code, chromium ou WebM par exemple). Flash n’est pas pleinement ouvert. Intégrer Flash partout n’est donc pas pertinent quand on évangélise l’ouverture quotidiennement.

Que faire et qui supporter ? Tout mon capitaine ! On ne se mouille pas tout en privilégiant ce qui marche déjà et ce que l’on peut influencer. Google à besoin de Flash (Youtube, Adwords, Analytics, Translate, Streetview, Android…) pour proposer des outils parfois plus performants (pour réduire la bande passante, augmenter la qualité du service ou améliorer ses sources de revenus) et fonctionnels (en majorité) sur les systèmes actuels sans grande modifications. Google pense que la spécification d’HTML5 n’avance pas assez vite, et ne propose pas assez de fonctionnalités, n’est pas assez ambitieuse. Quand Google avait besoin de nouvelles fonctionnalités non disponibles dans les standards actuels, il lança Gears, O3D, etc. Puis, quand ces innovations sont intégrées à son goût dans un standard, Google bascule vers le standard (supprime Gears, implémente O3D au dessus WebGL), et continue d’avancer. Actuellement Flash joue, chez Google, le rôle de substitut technologique aux limites d’HTML5. Le positionnement de Google sur le web est donc principalement dû à des raisons techniques. Concernant les mobiles, je pense plus à une stratégie marketing de différentiation avec l’iPhone. Sincèrement, à quoi sert Flash sur un appareil mobile ? J’aime avoir le choix, j’aime donc ce que propose Android avec Flash. Mais j’ai désinstallé Flash quelques heures après son installation sur Froyo.

Conclusion
Plébiscite d’HTML5. Flash en ballottage favorable mais sur la sellette dans les 10 prochaines années. Le choix est l’ami du développeur et du consommateur. Certains préfèrent performances et contrôle à la liberté totale. Les entreprises existent pour faire de l’argent, les débats philosophiques sur l’ouverture et la liberté sont bien drôle dans ce contexte.

Publié le 1 juillet 2010 à 6:12 par dans Actualité

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5 commentaires

  1. […] Que penser des positions respectives de Google / Adobe / Apple face à Flash, HTML5 et WebM ? J’ai essayé d’en parler (longuement) dans cet article publié sur Zorgloob. […]

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  2. Luka a dit :

    Bonne lecture !

  3. Jacky a dit :

    Excellent article !
    Bravo pour votre analyse.

  4. OnTheWeb a dit :

    Très bon résumé de la situation !

    le changement vers HTML 5 est risqué pour un service comme Youtube. Il faut attendre le bon moment, mais je pense vraiment que les jours de Flash sont de plus en plus comptés !

  5. wahou a dit :

    N’oublions pas que Flash évolue aussi, et ne permet pas de faire que de la vidéo. On peut faire des guides utilisateur par exemple en flash, des jeux, etc. Ce n’est pas le html 5 qui le tuera. La stratégie de cohabitation est la meilleure je pense.

    Sinon dans le cas présent il faut écrire différenciation et pas différentiation.