Le 18 mars 2010

Viacom contre Youtube : l’empire contre-attaque


Viacom contre Youtube : l’empire contre-attaque

Suite à la plainte du conglomérat américain pour des raisons de copyright, les avocats de Youtube répliquent en dévoilant les magouilles utilisées par le plaignant pour enfoncer la filiale de Google…

La compagnie Viacom est en désaccord avec Google depuis 2007 lorsqu’elle a porté plaine contre Youtube pour violation de droits d’auteur. Viacom, qui détient notamment les chaînes MTV, Comedy Central et Showtime sans oublier les studios Dreamworks, réclame depuis trois ans un milliard de dollars en guise de dédommagement. Le procès pour « infraction répétée et intentionnelle de copyright » s’ouvre aujourd’hui, et les avocats de Youtube viennent de dévoiler toutes les informations que la firme a collecté contre son adversaire au cours de ces dernières années. Et ce n’est pas beau à voir.

Rappelons que Viacom avait réclamé à Google que la firme de Mountain View lui livre ses logs. Après avoir bataillé avec succès pour rendre anonyme les données utilisateurs, le défendeur avait cédé, ce qui avait permis à Viacom d’estimer à l’époque à 160 000 le nombre de clips violant ses droits d’auteur sur la plate-forme vidéo et qu’elles avaient été visionnées 1,5 milliard de fois. Dans les arguments de Viacom présentés au juge aujourd’hui, ces nombres chutent étrangement à 62 637 vidéos vues 507 millions de fois au total. Ils ont même pu constater que des employés de Youtube avaient eux-même envoyé certaines vidéos sous copyright, avec l’aval de leur hiérarchie.

Aujourd’hui, Google contre-attaque et tourne en ridicule Viacom. Dès les premiers paragraphes de son communiqué sur les blogs de Google, Zahavah Levine donne le ton : selon lui Youtube et les autres sites de partage de vidéos en ligne cesseront d’exister si Viacom gagne le procès. Il explique ensuite que chaque vidéo est par essence sous droit d’auteur, et que la question soulevée relève plus du fait de savoir si ces vidéos sont autorisées à rester sur le site. Ce qui suit est encore plus édifiant :

Pendant des années, Viacom a envoyé secrètement et sans discontinuer son contenu sur YouTube, alors même que l’entreprise se plaignait publiquement de sa présence là-bas. Elle a engagé pas moins de 18 agences de commercialisation différentes d’uploader son contenu sur le site. Elle a délibérément « détérioré » les images de ses vidéos pour les faire ressembler à des vidéos volées ou provenant d’une fuite. Elle a ouvert des comptes sur YouTube en utilisant de fausses adresses e-mail. Elle a même envoyé ses employés faire des sauts à « Kinko’s » (entreprise sans lien avec Viacom, où il est possible d’accéder à Internet, ndlr) pour mettre en ligne des clips à partir d’ordinateurs qui ne pouvaient pas être attribués à Viacom (la preuve avec cette citation d’un employé, ndlr).

Par ailleurs dans un effort pour promouvoir ses propres spectacles, comme une sorte de politique de la société, Viacom a régulièrement laissé en ligne des extraits d’émissions qui avaient été uploadés sur YouTube par des utilisateurs ordinaires, sans les supprimer. Des dirigeants tels que le président de Comedy Central et le chef de MTV Networks ont estimé «très fortement» que les clips d’émissions comme The Daily Show et The Colbert Report devraient rester sur YouTube.

Les efforts de Viacom pour masquer son utilisation promotionnelle de YouTube a si bien fonctionné que même ses propres employés ne pouvaient pas garder trace de tout ce qu’ils avaient publié sur le site. En conséquence, à d’innombrables reprises, Viacom a exigé le retrait des clips qu’elle avait elle-même mise en ligne sur YouTube, pour revenir plus tard pour demander timidement pour leur réintégration. Dans les faits, certains des clips vidéos pour lesquels Viacom nous poursuit ont été effectivement transférés par Viacom elle-même.

Même s’il convient de prendre ses informations au conditionnel – on peut légitimement mettre en doute les accusations de Google puisque c’est le défenseur dans cette affaire – à défaut d’avoir déjà perdu le procès, Viacom a déjà perdu de sa crédibilité. Zahavah Levine ne s’arrête pas là :

De plus, Viacom a mal interprété quelques lignes isolés d’une poignée d’e-mails produits dans cette affaire pour essayer de montrer que YouTube a été créé avec de mauvaises intentions, et demande au juge de croire que, même si Viacom a essayé à plusieurs reprises de racheter YouTube, YouTube est comme Napster ou Grokster.

La tentative de rachat a eu lieu en juillet 2006 d’après ce document confidentiel qui vient d’être rendu public. Viacom a tenté par la suite de décrocher un partenariat avec Youtube, en vain. Concernant ces fameux e-mails, ils datent du premier semestre 2005 au moment de la création de Youtube, lorsque les fondateurs le comparaient à Napster et Kazaa. Déjà en avril 2005, Chad Hurley s’inquiétait de la présence de contenu sous copyright sur le site, comme des épisodes de South Park. La suite des discussions plutôt crues et croustillantes des co-fondateurs a été résumée par le site PaidContent.org.

Depuis le dépôt de plainte en 2007, Youtube a continué sa progression. Il a été annoncé hier que la barre symbolique des 24 heures de contenu mis en ligne chaque minute a été franchie. Il n’y en avait « que » 6 heures par minute il y a trois ans. Il faudrait donc quatre ans non-stop pour regarder tout ce qui a été mis en ligne en une journée. Mais rien ne dit si depuis 2007 le nombre de vidéos intéressantes mises en ligne a progressé lui aussi… Les vidéos spectaculaires et non sujettes à un quelconque copyright ont quant à elles encore de beaux jours devant elles.

De plus, certaines rumeurs d’un partenariat de Google avec Sony et Intel pour diffuser via une plate-forme et un décodeur une « Google TV » sur les écrans de télévision, nul doute que des clips de Youtube seront disponibles à la diffusion…

Publié le 18 mars 2010 à 23:45 par dans Actualité, Justice

Labels : ,

3 commentaires

  1. […] Viacom contre YouTube, l’empire contre-attaque : suite à la plainte du conglomérat américain (propriétaire des chaînes MTV ou Comedy Central et des studios DreamWorks) pour des raisons de copyright, les avocats de YouTube répliquent en dévoilant les magouilles utilisées par le plaignant pour enfoncer la filiale de Google – Zorgloob […]

    Backlink
  2. […] en quarts de finale de la coupe du monde. Ou alors parce que Youtube a finalement gagné son procès contre Viacom ? Dans tous les cas, cela reste un étonnant moyen d’exprimer la joie, vous en […]

    Backlink
  3. Dj Siemen a dit :

    I love Trace TV