Le 20 janvier 2010

Les 3 royaumes : Google, la Chine et les internautes


Les 3 royaumes : Google, la Chine et les internautes

Dans le conflit qui oppose actuellement la Chine à la firme californienne, qui est vraiment la victime ? Qui sortira gagnant de cette histoire ? Zorgloob fait le point sur les dernières (dés)informations en date.

La semaine dernière, Google faisait sensation dans la sphère Internet suite à ses accusations de piratages orchestrés par la Chine (comprenez, le gouvernement chinois) et menaçait de quitter l’empire du milieu s’il n’était pas autorisé à afficher les résultats non-censurés de son moteur. Vous remarquerez tout d’abord qu’il n’y aucune relation entre ces deux affaires; Google fait d’une pierre deux coups, les critiques accusent ses dirigeants de se servir de ce prétexte d’intrusion informatique pour quitter tête haute le marché chinois – où le moteur américain ne domine pas.

Piratage : qui ? quoi ? où ? comment ?

On en sait un peu plus sur l’intrusion et ce fameux vol de propriété intellectuelle. Les spécialistes ont tout d’abord pensé à une faille d’Adobe Reader, avant de se rabattre vers un trou de sécurité dans Internet Explorer. Cela fait partie d’une vaste opération d’infiltration d’envergure mondiale nommée Aurora. Les hackers ont réussi à s’immiscer dans l’intranet de Google, et accéder notamment à un outil très sensible. Il s’agirait d’une application utilisée par Google pour fournir des informations sur les utilisateurs de Gmail lorsque la Justice américaine l’ordonne. Les pirates ont accédé à des comptes de dissidents chinois et c’est pour cela que la firme accuse la Chine d’être derrière tout cela, même si rien n’est prouvé. Par ailleurs, des journalistes étrangers installés en Chine ont également été victimes de ce piratage.

La faille dans le navigateur étant considérée comme critique, quelques gouvernements dont la France se sont inquiétés des implications possibles de l’utilisation d’un tel trou de sécurité. Conséquence : l’État invite les entreprises à utiliser des navigateurs alternatifs… Comme Chrome par exemple ! Les critiques voient dans toute cette opération un gros coup marketing pour promouvoir le navigateur de Google, qui inonde déjà le marché publicitaire (sites web, métros, gares, journaux, …). Les internautes y gagneront-ils ? Oui, mais pas tous. En cas de chute du joujou de Microsoft dans le marché des navigateurs, les annonceurs risquent de faire la grimace, car l’un des rares avantages d’Internet Explorer – n’en déplaise aux ayatollahs des logiciels libres – est le fait que ses utilisateurs sont encore ceux qui cliquent le plus sur les publicités

On a également appris, par le biais de l’agence Reuters, que quelques temps après ces piratages, l’accès au réseau interne de la compagnie avait été coupé dans locaux de Google en Chine, à Shangai, Guangzhou et Pékin. Les employés qui n’ont pas été relocalisés se sont retrouvés au chômage technique. En effet, Google suspecte un ou plusieurs de ses employés de complicité avec les pirates… Les tests de sécurité ayant été effectués, la majorité des googlers asiatiques sont déjà de retour au travail.

Google et la grande muraille de Chine

Image de Ross TT sur Flickr.

La Chine, les Chinois, et la censure

Vous avez peut-être pu voir dans vos quotidiens ou sites d’actualités des témoignages de sympathie envers Google. En effet, peu après l’annonce, un « grand nombre » de chinois se sont rassemblés pour déposer des gerbes de fleurs sur le logo de Google au pied de l’agence de Beijing. La vérité, c’est qu’une poignée de blogueurs seulement, accompagnés de quelques employés de Google et d’un photographe de presse, se sont réunis le matin pour cette séquence. La journée, personne au pied de l’immeuble, et le soir les amis du matin accompagnés de quelques curieux et journalistes de télévision se sont retrouvés pour une nouvelle série de prises de vues. Résultat, les militants affirment que les internautes chinois se sont relayés jour et nuit pour soutenir Google et déposer des fleurs sur son logo. La manipulation des médias est des deux côtés de la barrière…

De leur côté, les membres du gouvernement ont demandé plus d’explications suite aux accusations de Google tandis qu’Hillary Clinton et les membres du Congrès se sont félicités de la prise de position de la firme californienne. Ce revirement brutal de Google concernant sa politique de censure sème le doute. Tout d’abord, Google n’a aucune difficulté technique à censurer son moteur. De plus, contrairement à ce que notre point de vue occidental nous amène logiquement à penser, la censure de certains résultats sur les moteurs de recherches ne dérange pas plus que ça les Chinois. Viendrait-il à l’idée des Français de critiquer le fait que Google soit obligé de censurer des résultats néo-nazi ou révisionnistes pour les utilisateurs utilisant Google.fr ? Non, et c’est le même point de vue pour la majorité des internautes chinois, quand bien même cette censure est autrement plus large. C’est surtout la censure occasionnelle de Youtube, Blogger et des autres services proposés par la firme qui irrite Mountain View, car c’est n’est plus dans le domaine de la recherche en ligne que Google peut espérer décrocher le jackpot. Et ce n’est pas près de changer.

Quoiqu’il en soit et contrairement à ce que les premiers rapports ont indiqué, Google continue de censurer ses résultats en Chine. Certains ont pensé que ce comportement avait été modifié immédiatement après la publication du message de David Drummond sur le blog officiel de sa société, car ils ont confondu Google.com en Chinois et Google.cn. Le premier n’est plus bloqué en Chine depuis longtemps bien que souvent redirigé vers Google.cn, le second est toujours censuré. Cela ne change pas grand chose puisque, de toute façon, qu’ils soient accessibles ou non dans les pages de résultats, les sites censurés ne sont tout bonnement pas joignables. Notons que la version chinoise de Google Maps est elle aussi censurée, notamment pour les résultats relatifs au Tibet, tout comme Google Images et Google Actualités.

Pour bien insister sur la pseudo-pression que Google effectue sur le pays asiatique, le géant de la recherche en ligne a annoncé ce 19 janvier le report d’un téléphone Android en Chine et a fait retirer ses applications et logos des téléphones. Bouhh… Hu Jintao ne va pas en dormir de la nuit… Dans le même temps Yahoo! a apporté son soutien à Google. Mal lui en a pris car la firme de Sunnyvale a été lâchée par Alibaba, l’équivalent d’eBay en Chine qui est détenu à 40% par Yahoo!, jugeant l’attitude de son actionnaire « irresponsable ».

Malgré toute la conviction qu’elle arbore fièrement, il va être difficile pour l’entreprise Google de fermer ses trois bureaux en Chine si le gouvernement ne se plie pas à ses exigences. Même si les parts de marché du moteur sont relativement faibles dans ce pays, les annonceurs sont nombreux et les investissements et rachats de startups locales font que cette entité rapporte tout de même plusieurs centaines de millions de dollars chaque année. Par ces temps difficiles (quoique Google semble à l’abri, officiellement…), espérons que les dirigeants de cette multinationale aient plus d’un atout dans leur manche pour se séparer sans pleurer de cette manne qui ne demande qu’à se développer. Il se chuchote même que c’est le co-fondateur Sergey Brin qui aurait insisté pour se lancer dans cette bataille contre la Chine et sa censure, le PDG Eric Schmidt préférant quant à lui le statut quo, économiquement plus profitable…

Pour résumer : aujourd’hui, Google fait beaucoup parler sur sa prise de position en Chine, mais en Chine rien ne bouge…

source Xièxie, Shui-Khan, pour les coulisses en direct de Pékin !
Source de l'image : Ross_TT sur Flickr.

Publié le 20 janvier 2010 à 0:14 par dans Actualité

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5 commentaires

  1. TOMHTML a dit :

    Pour la première fois depuis le début de cette affaire, Google Chine a publié un communiqué sur son blog officiel : http://googlechinablog.com/2010/01/blog-post_19.html . On y apprend pas grand chose, mais cela méritait d’être signalé.

  2. […] Édition du 20 janvier : Zorgloob continue à vous informer sur l’avancée de la situation en Chine, pour en savoir plus consultez notre article intitulé Les 3 royaumes : Google, la Chine et les internautes. […]

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  3. Kendos a dit :

    Superbe article Tom…

    Une question me vient sur la partie Piratage : s’il y a un trou de sécurité dans IE permettant ensuite de s’introduire sur le réseau interne de Google, cela signifie que des Googlers utilisent IE ?

    Vont se faire engueuler les lascars de pas utiliser le navigateur maison…

  4. zak a dit :

    Au début j’ai eu la même réaction, Google utilise IE ? WTF

    Et puis, finalement j’imagine qu’ils doivent utiliser tous les navigateurs et c’est normal. De plus si des employés ont forcé le piratage en interne en utilisant un IE vulnérable (IE6) qui permettait du coup a des gars externes d’exploiter la faille.

  5. […] informatique ayant été perpétrée depuis ce pays d’Asie. La firme assurait mordicus que l’attaque venait de Chine, chose pourtant difficile à prouver dans un monde où les proxy sont légion, et soupçonnait […]

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