Le 14 novembre 2009

Google Street View devant la Justice suisse


Google Street View devant la Justice suisse

Réelle inquiétude du peuple suisse, ou coup de pub d’un seul homme ?

Cette fois c’est fait. Le suisse Hanspeter Thür, préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), a fait savoir hier qu’il avait saisi le tribunal fédéral administratif pour statuer sur les activités de Google dans son pays.

Il y a deux mois, juste après le lancement de Google Street View en Suisse, monsieur Thür avait déjà lancé un ultimatum à Google. Il demandait des réponses et des actes concernant six points problématiques de Street View. Impossible à résoudre simplement pour la plupart, mais Google y avait quand même répondu.

Patatras, le préposé a annoncé ce vendredi 13 novembre 2009 que les réponses ne lui convenaient pas — malgré les efforts effectués par la firme américaine — et qu’il aller saisir le tribunal contre Google et Google Suisse, avec une mise en accusation de 20 pages en allemand à la clé, sans les annexes.

Outre les inquiétudes exprimées par le préposé, on y apprend que depuis le lancement de Street View en Suisse le PFPDT a reçu « un grand nombre » de plaintes (alors qu’il suffit de cliquer sur un lien dans l’interface du produit pour demander la censure de l’image), et que le filtre de Google pour masquer les visages et les plaques d’immatriculation, pourtant le plus efficace au monde selon Mountain View*, n’est pas assez efficace. Pourtant la démonstration du préposé est erronée. Il estime que Google a publié 20 millions de clichés pour la Suisse et que le taux d’échec du filtre est de 2% (en réalité, selon Google, c’est 98,4% de réussite pour les visages et 97,5% pour les plaques). De ce fait, il en déduit qu’il y a 400000 photos non floutées dans Street View.

Problème du raisonnement : il y a un grand nombre de clichés où il n’y a personne de visible ni de voiture à l’horizon. Il est légitime qu’ils ne soient pas floutés, le nombre réel de photos non-floutées alors qu’elles devraient l’être est sans conteste beaucoup moins élevé. De toutes façons, même si l’efficacité était de 100%, le préposé considère qu’avec la fonction « loupe » (zoom) de Street View vous pouvez quand même reconnaître quelqu’un malgré le floutage…

Quelques heures après l’annonce fracassante du PFPDT, Peter Fleischer, chargé de questions relatif à la vie privée chez Google, a émis le communiqué suivant :

Nous avons été très déçus d’apprendre que le Préposé fédéral à la protection des données a déclaré vouloir porter le cas devant les tribunaux. Nous sommes d’avis que ce n’est pas nécessaire et que Street View est totalement légal. Nous avons rencontré le Préposé avant et après le lancement, lui avons expliqué notre technologie et, lorsqu’il en a fait la demande, proposé des mesures pour renforcer la technologie de protection de la sphère privée et tenir compte de ses réticences.

La décision de ce jour est donc regrettable. Elle suggère que M. Thür n’est pas disposé à entrer en matière sur le large éventail des solutions que nous avons proposées. Nous combattrons vigoureusement toute procédure. Street View s’est avéré très populaire en Suisse et les utilisateurs suisses seront lésés par cette décision.

En effet, Hanspeter Thür avait été contacté avant le passage des voitures de Google en Suisse et c’est lui qui a donné son feu vert pour qu’elles puisse circuler sans encombre. Ce n’est qu’après le lancement du produit dans ce pays qu’il a changé d’avis.

Si le tribunal fédéral tranche en faveur du préposé, tout le monde va y perdre : Google va devoir retirer ses clichés panoramiques, les internautes seront déçus de ne plus pouvoir se balader virtuellement et il est probable de voir d’autres pays emboîter le pas de la Suisse. Le seul à y gagner, en popularité médiatique tout au plus, ce sera Hanspeter Thür. Il est d’ailleurs intéressant de constater que Google Street View semble être, à ses yeux, le point d’inquiétude majeur des suisses concernant leur vie privée en ce moment (pas un seul autre sujet abordé depuis le mois de juin).

(*) C’est une étude intéressante de Google pour comprendre comment les algorithmes parviennent à flouter les visages et les plaques d’immatriculation.

Publié le 14 novembre 2009 à 17:34 par dans Actualité, Justice

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3 commentaires

  1. […] freiner Google Street View – clairement pointé du doigt dans le document. Cela fait écho à la plainte déposé en Suisse contre ce même […]

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  2. […] pas respecter les lois pour le respect de la vie privée. Un action en justice est même en cours depuis le mois dernier, preuve de l’entêtement des deux […]

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  3. […] photos pendant un an » après la publication sur internet. Or, c’est exactement l’argument contraire qui était utilisé par le préposé suisse à la protection des données il y a quelques mois pour […]

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